La Crèche Animée Sur Le Numéro du Père Noël ­GRATUIT

La Crèche Animée

Damien habitait le manoir qui se situait au centre du hameau. Son père était riche et passait sa vie plus souvent en voyage qu'à la maison. Sa mère était morte à sa naissance. Aussi, son véritable parent était la gouvernante Mélanie. Cependant, du fait de sa lignée aristocratique, Damien ne tolérait guère de devoir obéir au premier venu. Il avait, en effet, hérité de la fierté ancestrale. La pauvre Mélanie était alors partagée entre le respect dû au fils du Comte et la tâche ardue qui lui était confiée. Elle s'était fait le devoir de parvenir à l'éduquer afin de le rendre bon et intelligent. Mais plus elle s'efforçait de conduire Damien sur cette voie et pires étaient ses réactions. Le Comte avait fait venir un précepteur de la capitale et avait ouvert la classe à tous les enfants du hameau. Ce geste lui avait valu le respect de tous les habitants de la contrée. Les discussions avec le précepteur confirmaient les soupçons de Mélanie. Elle reçut bientôt des plaintes quotidiennes. Le précepteur et la gouvernante s'étaient liés, à force de se rencontrer pour parler de Damien et de son instinct dominateur qu'ils ne parvenaient plus à briser. Rien ne réussissait à le détourner de ses farces avilissantes. Rien ne venait à bout de son cœur de marbre aussi dur que les pierres du manoir dans lequel il était né.

Ce jour-là, il n'avait pas cessé de faire des misères à Sophie car elle avait avoué avoir été touchée par la beauté des sonnets de Ronsard et avait offert un merveilleux poème à toute la classe. C'était comme s'il refusait tout ce qui faisait plaisir. Il ne pouvait d'ailleurs supporter que cela se produise dans son entourage. Il devint alors fou, comme s'il ne pouvait accepter que d'autres croient au bonheur. Durant la récréation, il s'approcha de Sophie et lui dit que son poème était bon pour les bonnes femmes, et qu'il ne pouvait, lui, accepter un pareil devoir d'une lèche-bottes qui espérait s'attirer ainsi les faveurs du précepteur. Il lui dit qu'il n'était pas dupe, qu'il voyait au fond d'elle la pire des intéressées et qu'il ne laisserait pas cela se passer ainsi. Sophie éclata en sanglots devant tout le monde. Que faire de Damien ? La gouvernante et le précepteur ignoraient comment arranger la situation. A chaque remontrance qu'ils osaient lui faire, Damien leur montrait aussitôt que leur autorité était déplacée.

Une lettre du Comte parvint le premier décembre. Quand Mélanie en lut le contenu, elle crut entrevoir un sourire éclairer le visage de Damien lorsqu'il apprit que son père serait là pour passer Noël avec eux. En tout cas, ses vilenies firent place à une excitation presque joviale. Il se comportait mieux à l'école et ses camarades n'avaient plus à pâtir de ses tortures. La gouvernante et le précepteur se rencontrèrent beaucoup moins fréquemment. Tout le monde croyait alors que Damien avait changé. Même Sophie parvenait à se détendre et à s'épanouir sans qu'il intervînt pour la rabrouer. Mélanie supposait que la lettre avait fait de l'effet. C'était réjouissant ! Après tout, le Comte n'avait pas remis les pieds dans la maison depuis Noël dernier, et les choses s'étaient effectivement détériorées au fil des promesses de visite tombées dans l'oubli.

Le vingt décembre, alors que la neige tombait sans relâche depuis la veille, un télégramme laconique portant la signature du Comte arriva du Havre : "suis obligé partir pour Nouveau Monde – stop. Reviendrai dès que possible – stop". Mélanie craignit que Damien ne retombât dans son humeur précédente, au moment où tout le monde pensait qu'il avait changé. Et elle n'eut pas tort. A la lecture du télégramme, il fut pris d'une crise de pleurs, suivie d'une crise d'hystérie. Mélanie ne parvint pas à le calmer. Aucune parole, encore moins les plus douces, n'avaient raison de sa tristesse. Il avait beau passer sa colère sur tous les objets qui tombaient sous sa main, cela ne suffisait point à l'apaiser. Finalement, il gagna sa chambre et tomba en larmes sur son lit. Mélanie put souffler un peu. Elle espérait vivement qu'il parviendrait à surmonter sa déception par lui-même car elle ne savait plus que faire.

Deux heures plus tard, Damien réapparut dans la cuisine. Mélanie ne savait que dire pour engager la conversation. Damien s'y attarda sans but et sans âme, mais comme rien ne pouvait l'apaiser, il quitta la pièce sans mot dire. Mélanie soupira. Ensuite, un lourd silence pesa dans tout le manoir. Elle préférait même le vacarme de tout à l'heure. Soudain, elle eut un mauvais pressentiment. Elle se leva aussitôt et partit à sa recherche. En vain, elle ne le trouva pas à l'intérieur de la bâtisse. C'est alors que Mélanie sentit un vent froid : la porte d'entrée était grande ouverte. Elle passa son châle en hâte et suivit les traces de pas laissées dans la neige par Damien. Elles la conduisirent vers la remise dont la porte était ouverte. Elle s'arrêta net. Des marques de sang tachetaient le sol. Elle courut à l'intérieur et y découvrit un spectacle qui la fit presque vomir : Damien avait passé sa colère sur les lapins. "Le monstre", pensa-t-elle. Mais il n'était plus là. Elle ne le vit plus de toute la soirée.

Le lendemain matin, Damien apparut tout ragaillardi dans la cuisine et alla assister au cours comme si rien ne s'était passé. Et Sophie, qui avait cru qu'il était redevenu un petit garçon à qui l'on pouvait se confier, en fit les frais la première. Même le précepteur faillit quitter la classe de désespoir. Son comportement empira au fil des jours restants jusqu'à Noël. Mélanie avait peur de Damien maintenant. Elle n'espérait qu'une seule chose : que le voyage du Comte fût remis à plus tard et qu'il arrivât ici dès la fin de la journée. On était le vingt-quatre, soir du réveillon de Noël, et elle ne savait que faire de Damien durant la veillée. Quelques âmes charitables s'étaient offertes pour l'inviter mais il avait refusé. Mais Mélanie ne se voyait pas l'amener chez sa sœur qui était malade. Et passer le réveillon seule avec lui la rebutait, surtout que c'était son seul jour de congé et l'unique moment où elle pouvait voir sa famille et prendre des nouvelles de sa sœur. Ce fut à contrecœur qu'elle lui annonça à dix-huit heures : - "Je t'ai préparé un bon repas de Noël. Il y a de la dinde, des marrons et tout ce que tu aimes. Je dois partir maintenant, je vais réveillonner chez ma sœur, tu sais où."

Damien se tut, peut-être plus par malice que par honte. Il sentait bien que Mélanie culpabilisait d'avoir à l'abandonner pour la veillée de Noël mais que, par sa faute, elle n'osait pas l'amener chez sa sœur malade. La mort dans l'âme, Mélanie quitta la triste demeure patricienne, bien peu accueillante pour une veillée. Elle se remémora durant un bref instant les somptueux banquets qu'elle avait préparés jadis, du temps du grand-père, alors que tout le monde vivait dans la gaieté. Damien traîna ses savates d'une chambre à l'autre. Toutes les pièces étaient vides et froides. Il se trouvait bien seul. Tout à coup, pour la première fois de son existence, il comprit qu'il était seul et il se sentit triste à cette pensée. Il aurait voulu un père, une mère, des frères et des sœurs. Il était jaloux du bonheur des autres. Il avait envie de détruire leur bonheur car ils n'avaient pas à être heureux devant lui. Il pénétra dans la chambre de sa mère. Cela faisait dix ans que plus personne ne s'y était introduit. L'odeur du renfermé avait supplanté l'odeur qui y régnait alors, et Damien pleura à l'idée qu'il n'avait jamais connu la douceur de sa mère. Il caressa une gravure. Comme sa mère était fine ! Elle devait être aussi douce que fine. Il ragea. Il n'avait pas pu entendre une seule fois sa voix affectueuse. Que le monde était injuste ! Et traînant son âme en peine, il passa plus loin et gagna le salon. Là, un sapin gigantesque aurait dû illuminer la pièce et une crèche grandiose aurait rappelé à chacun son enfance. Cependant, aujourd'hui, il n'y avait ni sapin, ni crèche.

C'est alors qu'il se rappela avoir passé avec son père une merveilleuse veillée de Noël, où il s'était extasié de bonheur devant une crèche et un sapin. Il devait donc exister une crèche, quelque part dans la maison. Il se rua sur-le-champ dans le grenier. Surmontant sa peur des craquements, du froid et des fantômes, il fouilla parmi les bibelots poussiéreux et découvrit enfin son trésor. Il souffla sur la poussière qui s'était accumulée et emporta la crèche dans ses bras. Il redescendit au salon et la plaça à l'endroit où elle aurait dû se trouver. Il alluma la bougie qui fit office de foyer pour les figurines et qui diffusa la seule lueur de la pièce obscure. Oui, cela donnait une couleur de Noël. Puis Damien alluma un feu dans la cheminée. Il sentit bientôt une douce chaleur l'envelopper, alors qu'un parfum de hêtre s'échappait dans la pièce. Satisfait, il se coucha sur le sol, au pied de la cheminée, et contempla inlassablement la crèche. Tout à coup, il lui sembla que les figurines s'étaient animées. Il frotta ses yeux, pensant que des larmes ou que la lueur scintillante de la bougie lui jouaient des tours. Mais non, les figurines s'activaient. Joseph caressait Marie qui tenait le nouveau-né. Le bœuf soufflait sur le nouveau-né avec un bruit rauque.
- "Il va vite se réchauffer maintenant".
C'était Joseph qui avait parlé à Marie.
- "On devrait peut-être remercier notre hôte de nous avoir offert du feu".
- "Tu as raison, Marie. Regarde comme il a l'air bien triste !"
- "Eh, eh ! Toi, le grand, comment tu t'appelles ?"
Elle s'adressait à Damien. Il n'en revenait pas.
- "Da... Damien".
- "Merci de nous avoir emportés ici-bas, Jésus risque moins de souffrir du froid, il est encore frêle, même s'il est le fils de Dieu".
Damien demeurait abasourdi.
- "Mais... mais vous êtes vivants !?"
- "Aide-nous à laver le fils de Dieu, apporte-nous de l'eau".
Damien se précipita à la cuisine et revint avec un verre à liqueur rempli d'eau qu'il plaça près de la couche du Seigneur.
- "Merci, elle est un peu chaude, mais c'est parfait", déclara Marie. "Tu es un gentil garçon, Damien".
Damien sentit des larmes couler le long de ses joues. Non, il ne pouvait accepter un tel compliment, surtout quand il avait été si exécrable.
- "Ce n'est pas vrai, protesta-t-il, je ne suis pas si gentil que ça !"
Les figurines s'arrêtèrent interdites car ils sentaient que ce petit garçon était plein de bonté. Quelles raisons le poussaient à réagir de la sorte ?
- "Damien, nous sommes là et Jésus aussi", dit Marie. "Et regarde-le. Songe qu'il est le fils du Tout-Puissant, qu'il a droit à tous les honneurs, et que son père l'a placé dans cette condition, si misérable soit-elle, dans une forme charnelle qui subit les attaques de la paille alors qu'il mériterait des draps de soie. Son père l'a pratiquement renvoyé de son royaume et lui a dit : "Va, ton devoir t'appelle". Et il est venu sans rechigner, sans maugréer et regarde-le, regarde comme il sourit, comme il essaie d'illuminer les autres par sa simple présence. Peu lui importe ce que son père lui a dit, dans quelle misère il l'a placé. Difficile, ça l'est aussi pour lui, tout comme pour toi".

Damien se sentit révolté. Il se leva et s'enfuit pour cacher sa peine. "Ils ne sont pas mes amis", pensait-il. Il disparut dans la cuisine, mais il était totalement seul. Pourquoi fallait-il qu'il gâche tout à chaque fois qu'il se faisait des amis ? Il protestait, car, en fait, s'il avait voulu être méchant, c'était à cause de son père qui n'était jamais là ou de sa mère qu'il n'avait jamais connue. Il finit par comprendre ce que Marie avait essayé de lui dire. Il n'était pas le seul dans ce cas, même Jésus aurait pu agir comme lui. Ce n'est pas parce qu'on nous a mis dans une situation détestable que l'on doit en vouloir au monde entier et à au bonheur des autres. Non, il faut vivre ce dont on a envie et ce, comme on le ressent. Et qu'est-ce que ressentait Damien au plus profond de lui ? Il avait envie d'aimer, de faire plaisir, d'apporter du bonheur aux autres par sa simple présence. Il avait plutôt agi à l'opposé de cela. Il s'était refusé toute satisfaction et avait même empêché les autres d'être heureux. Des sanglots le secouèrent, alors qu'il remarqua tout le mal qu'il avait causé. Il fallait vivre, s'épanouir, malgré ce que le sort lui avait réservé. Il revint remercier les figurines mais elles s'étaient figées entre-temps. Peu lui importait. Il savait quoi faire pour se faire pardonner. Il rédigea un très beau poème, un de ceux qui sont sincères et qui viennent du cœur, comme Sophie savait si parfaitement en faire. Puis, il mit ses bottes et son manteau, malgré l'heure tardive.

Damien se dirigea alors vers la maison de Sophie. Tout était éteint. Normal, il était minuit passé. Ils s'en étaient allés à la veillée de prière en famille. Il prit le chemin de la chapelle et y entra. Intimidé, il demeura sur le seuil de la porte et personne ne prêta attention à lui. De là où il était, il scruta l'assemblée à la recherche du chapeau bien connu de Sophie. Enfin, il la découvrit à côté de sa mère au milieu d'un banc. Il se glissa dans l'allée et s'assit au bout du banc. Il demanda doucement à son voisin de faire passer sa lettre jusqu'à elle. Etonnée d'abord de recevoir cette missive un peu mystérieuse, elle la lut avidement et un large sourire éclaira son visage plutôt sombre depuis quelques temps. Radieuse, elle chercha Damien du regard et le vit. Elle lui sourit. Damien sentit un profond soulagement : elle lui avait pardonné. Puis vint la fin de la veillée. Le prêtre annonça tristement qu'il n'y aurait pas de banquet public car il n'avait pas trouvé de local suffisamment grand pour contenir tous les paroissiens. Autrefois, ils se rendaient au manoir car le grand-père de Damien avait toujours ouvert sa demeure cossue aux gens du hameau. Mais il était mort et la tradition n'avait pas été poursuivie. Et, comme tout le monde s'apprêtait à quitter l'église, Damien prit la parole :
- "Mais, chez moi, il y a de la place, beaucoup de place".

Une grande clameur accompagna la fin de sa déclaration et toutes les femmes s'offrirent pour préparer le banquet comme jadis. Toute la nuit durant, les convives festoyèrent dans la salle immense du manoir qui avait retrouvé sa splendeur d'antan. Sophie et Damien ne se quittèrent pas un instant et tous deux rayonnaient de plaisir. Au petit matin, alors que les gens s'apprêtaient à retourner dans leur logis, un gigantesque carrosse arriva au manoir. Le Comte en descendit. Il fut d'abord étonné de trouver tout le hameau dans son manoir mais après les explications de Mélanie, il fut fier de l'entreprise de son fils. Le Comte expliqua qu'il avait eu tant de remords d'avoir laissé son fils seul et qu'il avait roulé toute la nuit pour le revoir. Et que dorénavant, il s'occuperait davantage de Damien.

A tout de suite.
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